L'agriculture et la mondialisation

Nous vivons dans un univers mondialisé : échanges commerciaux, mobilité des personnes, diffusion des technologiques, transports… Des instances internationales comme l’OMC (Organisation mondiale du commerce) s’efforcent de réguler cette marche inéluctable vers un village planétaire.

La mondialisation est souvent accusée de tous les maux. Dans le domaine agricole pourtant, la sécurité alimentaire de la planète offre un argument sérieux en faveur d'une vraie gouvernance mondiale. Prise entre ces deux feux, l'agriculture française a fort à faire pour tirer son épingle du jeu…

Mondialisation et sécurité alimentaire

L’un des premiers effets positifs de la mondialisation, c’est la “révolution verte” qui a permis, entre les années 1950 et 1990, d’éviter d’importantes famines. En effet, au cours de cette période, la population de la planète a plus que doublé, et grâce à la diffusion mondiale des progrès issus de la recherche, la productivité agricole a progressé de façon spectaculaire. Ainsi, l'Inde, la Chine, le Pakistan, l'Argentine, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Bangladesh ont plus que compensé la hausse de leur consommation de blé par leur production nationale. Pour d’autres pays, c’est la mondialisation du commerce qui a permis de satisfaire leur demande alimentaire croissante.

Mais la mondialisation, c’est aussi un grand marché des matières premières qui peut menacer la sécurité alimentaire d’un pays en cas de forte volatilité des cours des denrées agricoles. Ce fut le cas en 2008 où plusieurs pays ont connu des émeutes de la faim. Vu le caractère vital des matières premières agricoles, on peut se poser la question d’une régulation spécifique. Mais la spéculation n’est pas la seule cause des problèmes de pénurie alimentaire : les chutes de production dues aux caprices du climat ou la dégradation de la situation socio-économique des populations les plus fragiles entrent souvent en ligne de compte. La lutte contre la faim est indissociable de la lutte contre la pauvreté.

9 milliards de bouches à nourrir en 2050

Évolution des rapports Nord/Sud ou quelle place pour les pays en développement ?

Autre critique portée à l’encontre de la mondialisation : elle serait une nouvelle forme de colonisation où les pays du Nord continuent à imposer leurs règles aux pays du Sud. L’un des arguments en ce sens est l’achat ou la location à long terme de terres agricoles de pays du Sud (Afrique notamment) par des multinationales ou des États. Ce phénomène est en nette progression depuis 2008 et soulève, effectivement, de nombreux débats. Dans le même temps, la communauté internationale progresse dans la lutte contre la “biopiraterie” qui consiste à s’approprier des ressources biologiques sans compensation pour les populations locales. Ainsi, en 2009, 121 pays ont signé à Tunis un traité autorisant l’accès libre aux ressources génétiques des plantes pour l’alimentation et l’agriculture, en échange d’un partage des bénéfices. C’est une première à l'échelle mondiale : la diversité génétique agricole est désormais traitée comme un patrimoine commun de l’humanité.

Certains se demandent par ailleurs si les négociations de l’OMC sont favorables à une bonne répartition des richesses. Le fait est que l’OMC n’a pas été conçue dans ce sens : son objectif est de résoudre les problèmes commerciaux auxquels sont confrontés mutuellement les gouvernements et non de favoriser le développement des pays du Sud ou de résoudre les questions de pauvreté. L’aide au développement est davantage du ressort d’institutions telles que la Banque Mondiale et l’ONU, dont certains programmes sont directement centrés sur l’alimentation et l’agriculture, comme la FAO.

Échanges mondiaux et environnement

L’intensification du commerce mondial a pour conséquence un développement des transports et donc une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, principaux responsables du réchauffement climatique.
Ceci dit, il est actuellement impossible d’affirmer qu’une production agricole consommée localement a une empreinte carbone moindre que le même produit importé : tout dépend des pratiques agricoles, de la saison, du mode de transport…

Certes, les produits hors-saison ou voyageant par avion sont moins efficients que ceux qui ne sont pas stockés, voyagent par bateau ou… ne voyagent pas. Mais une production à grande échelle, même éloignée, peut avoir une empreinte carbone par unité plus faible qu’une petite production du voisinage (on appelle cet effet l’écologie d’échelle). C’est ainsi que la mondialisation peut s’avérer intelligente.

La mondialisation est un phénomène irréversible, mais qui doit être régulé afin d’éviter que certaines populations fragiles n’en subissent durement les effets. Pour en finir avec les famines, l’aide alimentaire ne suffit pas, il faut “faire” du développement en s’appuyant sur la participation des populations concernées. On sait aujourd’hui que l’agriculture est le meilleur levier du développement et de la lutte contre la pauvreté. Dans ce contexte, il serait bon de repenser les forums internationaux pour ne pas laisser la seule OMC traiter les questions des échanges agricoles.

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