Agriculture et nature : une relation ambivalente

L’agriculture se pratique pour l’essentiel en dehors des zones urbaines, au cœur de la nature à laquelle elle est de fait étroitement liée. Mais leurs relations sont ambigües. D’un côté, l’agriculture exerce une pression sur elle pour en tirer les meilleures productions végétales ou animales possibles, indispensables à la vie humaine ; de l’autre, elle entretient cette même nature, évitant qu’elle ne retourne en friche, dans une perspective d’aménagement du territoire. Cette ambivalence est source de nombreux débats qui prennent une importance croissante avec la montée en puissance des préoccupations environnementales.

Des liens très forts

Parce qu’ils vivent et travaillent à la campagne, parce que le cœur de leur activité est lié aux plantes et aux animaux, les agriculteurs entretiennent des liens très forts avec la nature. Ils cultivent la terre (productions végétales) et élèvent des animaux pour permettre à chacun de se nourrir, de s’habiller ; ils exploitent la forêt pour de multiples usages… Leur activité s’étend au-delà de l’aspect strictement productif : certains agriculteurs développement l’agro tourisme, d’autres des fermes pédagogiques… Tous jouent un rôle important dans l’entretien des paysages. Dans les zones d’exode rural, lorsque les terres agricoles abandonnées retournent en friche, les chemins deviennent impraticables, les risques d’incendie augmentent, le paysage se dégrade…

Les paysages agricoles français sont très variés. Ici, un paysage “ouvert” de culture et d’élevage, là une alternance de pâturages et de cultures, ailleurs une agriculture de montagne parsemée de zones semi-naturelles... Cette diversité constitue le terroir français où chacun trouve son compte, des promeneurs aux agriculteurs en passant par les chasseurs et les habitants.

Utiliser la nature sans la dégrader

L’exploitation du milieu naturel pour la production agricole lui impose inévitablement des contraintes.
Dans les champs, on applique des produits phytosanitaires pour lutter contre les “mauvaises” herbes et les insectes ravageurs nuisibles aux cultures, on stimule la croissance des plantes avec des engrais, on travaille le sol avec des outils toujours plus sophistiqués, etc. Depuis les années 1950, de nombreux pays ont intensifié leur agriculture : l’augmentation de la production agricole et des rendements a accentué la pression sur l’environnement. Aujourd’hui, la prise de conscience est générale aussi bien dans la société civile que dans le monde agricole : l’agriculture doit évoluer dans ses pratiques pour un meilleur respect de l’environnement.


Il est temps que la nature se repose :
La surpêche représente un problème
fondamental dans l’exploitation de la nature.
Près de 75% des stocks de poissons sont
à leur exploitation maximale (www.uicn.fr).

En France le bilan est contrasté sur les 10-20 dernières années. L’utilisation des engrais et produits de protection des cultures s’est globalement stabilisée et a même diminué pour les seconds. C’est une bonne nouvelle pour les ressources en eau, en particulier les nappes phréatiques. Mais certaines zones restent toujours confrontées à des problèmes environnementaux comme la pollution des eaux par les nitrates issus des fertilisants, ou l’érosion des sols. L’irrigation intensive peut également être une menace pour les écosystèmes aquatiques et le développement d’une monoculture dans une région peut nuire à la biodiversité. A l’inverse, les émissions de gaz à effet de serre d’origine agricole ont diminué et les énergies renouvelables produites à partir de la biomasse agricole ont augmenté.

L’évolution vers une agriculture plus respectueuse du milieu naturel est favorisée par le renforcement des règlementations française et européenne : directives de l’UE sur les nitrates, les oiseaux, les habitats, Grenelle de l’environnement, Ecophyto… Les agriculteurs savent qu’ils sont en première ligne d’un effort collectif qui concerne l’ensemble de la société, à toutes les échelles.

Vers un nouveau modèle agricole

Comment trouver le point d’équilibre entre productivité agricole et préservation de la nature ? La question est complexe, elle concerne les agriculteurs, bien sûr, mais aussi les chercheurs, les décideurs politiques, les associations de protection de l’environnement, les acteurs économiques et les citoyens.

L’agriculture raisonnée, qui concerne aujourd’hui 3 000 exploitations en France, constitue un premier pas en ce sens. Encadrée par l’État, elle vise en autres à limiter l’utilisation de produits chimiques en répondant aux besoins spécifiques de chaque culture aux différents stades de son développement. L’agriculture biologique (voire biodynamique) ouvre également des pistes mais reste encore très loin de l’objectif de 6 % des surfaces agricoles fixé par le Grenelle de l’environnement (20% en 2020).

Enfin, certains courants comme l’agriculture écologiquement intensive ou à haute valeur environnementale essaient de “faire différemment” et pas simplement de “faire mieux”.

Dans tous les cas, l’apport de la recherche agricole est capital pour inventer un nouvel âge des rapports entre agriculture et nature. Le Grenelle de l’environnement souhaite que la recherche développe une culture de la diversité et “resocialise” ses objets d’étude au lieu de “laboratoriser” le vivant pour répliquer partout des conditions identiques.

Encore une fois, l’agriculture se retrouve au cœur d’un grand débat de société, comme le souligne le philosophe François Ewald : « Les agriculteurs ont-ils anticipé que la recherche d’un nouveau rapport entre nature et culture, où ils se trouveraient naturellement impliqués, allait devenir une des préoccupations cardinales de l’homme contemporain ? »

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